2015-2025… 10 ans que je suis assistante sociale aujourd’hui.
En 10 ans, j’ai pu travailler dans de différents services et accompagner des personnes de divers horizons, avec des problématiques différentes, avec le point commun de vouloir être aidé dans un moment de vulnérabilité.
Dans le secteur du handicap...
Je rencontre Arthur*, 10 ans, où je me suis dit “qu’est-ce qu’on a manqué”? Quand je me suis rendue compte que sa déficience intellectuelle a été acquise par son milieu de vie peu favorable à son développement, comme son frère avant lui, comme ça sœur avant lui…
Mais je rencontre aussi Pauline, 40 ans, qui est là pour son fils de 5 ans polyhandicapé, qui me remercie après chaque entretien. On profite que son fils soit en temps d’orthophonie pour se rencontrer.
Je vois que tous les entretiens qu’on a sont un espace ressource pour elle, là où la vie avec un enfant en situation de handicap offre souvent peu de moment de répit. Un espace où elle se sent écoutée, où elle peut déposer et où au fur et à mesure on arrive à penser une ouverture pour un temps de prise en charge supplémentaire pour avoir 1h, 2h ou 3h en dehors de l’enfant en plus des 2 x 1h30 par semaine aujourd’hui pendant les prises en charge de son fils.
* L’ensemble des noms cités sont des noms d’emprunts afin de respecter le secret professionnel.
En polyvalence...
En polyvalence, j’ai rencontré Valérie, 47 ans, qui a été victime de violences conjugales pendant 20 ans, qui au départ étaient verbales et psychologiques mais qui sont aussi devenues sexuelles la veille de notre seconde rencontre, histoire d’asseoir une ultime domination quand l’autre et vraiment déterminé à quitter son bourreau.
Je me vois me pincer pour contenir mes larmes quand je la vois s’effondrer quand elle me décrit son viol conjugal, mais je me vois sourire avec elle quand je la vois relever la tête et les épaules au fur et à mesure de l’entretien et qu’elle a entendu que la responsabilité n’était pas la sienne.
Celle que j’ai vu la première fois, recroquevillée, lisant une lettre sur laquelle elle avait posée tous les mots pour trouver le courage de me parler, s’affirmait au fur et à mesure des entretiens et comprenait peu à peu qu’elle pouvait reprendre le pouvoir sur sa vie et qu’elle avait toutes les ressources pour le faire.
J’ai aussi rencontré Sabrina, 32 ans, qui venait en première demande pour une aide financière pour régler une facture de gaz, mais qui en demande cachée demandait de l’aide dans sa parentalité avec son fils, un soutien dans sa relation de couple, tout ça associé avec un trouble de l’humeur diagnostiqué mais dont le traitement avait été arrêté dans cette spirale de mal-être.
Elle m’a montrée une nouvelle fois que derrière chaque demande explicitement formulée, il y a parfois des demandes implicites, parfois inconscientes, qu’il est important de comprendre pour accompagner véritablement la personne.
En protection de l'enfance et sous mandat judiciaire...
En protection de l’enfance et en mandat judiciaire, je rencontre tous ces parents et toutes ces personnes en colère, qui ne comprennent pas les décisions qui s’imposent à eux, qui ont le sentiment d’être incompris et nié dans leur parentalité et leur statut de parent, ou de leur capacité à faire et à décider pour eux-mêmes et par eux-mêmes.
Mais je rencontre aussi ceux avec qui il est finalement possible de susciter l’adhésion dans un cadre contraint, quand ils se sentent compris et entendus, et surtout quand qu’ils comprennent que “faire avec vous et pas sans vous” ne sont pas que des mots à mon niveau, mais bien des actes qui sont mis en pratique régulièrement, à chaque étape de l’accompagnement.
En milieu carcéral...
Je rencontre Thomas, qui se montre très surpris quand il voit que je connais son prénom, dans un monde où le nom de famille est devenu le nouveau matricule. Où chaque acte d’humanité a une valeur plus grande, exponentielle, par rapport à l’extérieur.
Je rencontre aussi tous ceux qui leur mode d’attachement insécurisant a façonné leur mode relationnel et qui les a pour certains conduits en détention, par une succession d’événements de vie. Ceux pour qui parfois tu es le premier adulte sécurisant et fiable qu’ils ont pu rencontrer dans leur vie, et pour qui le regard positif inconditionnel sur la personne prend tout son sens.
J’y rencontre aussi toutes ces personnes avec un trouble psychique plus ou moins diagnostiqué, très touchant dans leur vulnérabilité et pour qui l’accompagnement porte ses fruits quand la relation de confiance se tisse, qu’on apprend à se connaître et se comprendre mutuellement et qu’à un moment donné le mot “handicap” peut être glissé.
En psychiatrie...
Je rencontre Sébastien, à qui j’ai un attachement professionnel particulier, qui me surprend régulièrement par son extrême lucidité dans sa pathologie tout en repartant sur une pensée hors réalité en fin d’entretien qui me fait me remettre perpétuellement en question.
Et aujourd'hui en libéral..?
J’ai un exercice qui me permet d’accompagner au quotidien des personnes à leur rythme, avec leur histoire, avec des projets qui font sens, là où avant les enjeux institutionnels entraient en conflit avec des valeurs personnelles et professionnelles.
J’ai aussi la chance de penser des penser des projets atypiques et innovants avec des partenaires de confiance 🙂
Et il y a eu aussi...
– Toutes les lectures d’écrits, de rapports et notes sociales, qui appartiennent finalement aux personnes qu’on accompagne, où mon cœur de pro se remplit quand j’entends “C’est fou, j’ai l’impression que vous me connaissez, vous avez bien décrit ce que je vivais, c’est exactement ça”
– Tous les signes d’évolution, aussi minimes soit-ils, visibles d’un entretien à l’autre
– Tous mes sourires quand j’entends des “J’ai l’impression de parler à une psychologue quand je vous vois”
Et donc à ceux qui découvraient après notre première rencontre qu’être assistante sociale ce n’est pas avoir une expertise administrative mais une expertise en relation d’aide, et que l’écoute, le non-jugement et valoriser les ressources et les potentialités de l’autre sont des outils essentiels pour accompagner une personne dans son étape de changement
Et quand on me demande:
– “C’est pas trop dur de faire ce que tu fais? Tu dois voir des personnes avec des situations difficiles”
Je réponds:
– “J’adore ce que je fais, ce métier est un prolongement de ma personnalité. “.
En 10 ans j’ai donc pu rencontrer de nombreuses personnes qui
donnent du sens à ce que je fais jour après jour.
Merci pour la confiance que vous me donnez,
et celle que vous me donnerez encore, j’espère, pour les 10 prochaines années!
Vous souhaitez bénéficier d'un accompagnement en libéral?
Je vous propose de me contacter ou de prendre rendez-vous par ici:
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Auteur/autrice
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Assistante de service social et consultante en qualité de vie au travail, je suis passionnée par les sciences humaines et l'accompagnement de la personne dans sa dimension personnelle et professionnelle. Je partage dans ce blog différentes réflexions, des sujets d'expertise et événements d'actualité en lien avec le travail social d'une part et le management et la qualité de vie au travail d'autre part. Bonne lecture 🙂
